Météo grise
Comment lutter contre la grisaille du ciel ?
Rien de tel que de teindre un vêtement, un tissu pour changer la couleur du monde. Une nappe qui a terni ? hop, dans la machine ! un tee-shirt fatigué mais dans lequel on est si bien ? hop, dans la machine.
Les modes d’emplois sont désormais précis, les couleurs obtenues sont nettes, grand teint – entendez par là qu’elles résistent aux lavages ultérieurs.
Une hésitation sur le choix des couleurs ? quelle harmonie privilégier ? quel ton choisir ? quel contraste donner ? Tout se trouve ici, sur la roue d’association des couleurs de Dylon.
Naissance
Nous avions eu l'occasion, récemment, de voir la place importante que tenait la représentation du corps dans les œuvres textiles d'artistes contemporains, en particulier des organes internes.
Le textile fut aussi le matériau choisi par Marie-Angélique du Coudray, au XVIIIe siècle pour enseigner l'art d'accoucher aux sages-femmes, au cours des vingt-trois années pendant lesquelles elle sillonna la France, entre 1759 et 1783. Cette sage-femme aux remarquables talents de pédagogue savait très bien que son livre «Abrégé de l'Art des accouchements» ne serait jamais lu par les sages-femmes de campagne, quasiment toutes analphabètes. Elles étaient en effet recrutées sur des critères de moralité, d'observance religieuse - il importait en effet qu'elles fussent de bonnes catholiques - mais n'avaient jamais reçu la moindre formation professionnelle ni scientifique, même si à cette époque apparaissait la nécessité de leur dispenser une formation. Mais que leur enseignerait-on exactement ? car il faut observer qu'au milieu du XVIIIe siècle, les médecins commençaient tout juste à s'intéresser à tout ce qui concernait l'accouchement qu'ils considéraient encore largement comme «l'opération la plus dégoûtante de la chirurgie».
Il fallait donc créer un enseignement pratique, fondé quasiment uniquement sur le touché, en plus de la transmission orale. C'est ce que proposa Madame du Coudray. La formation durait deux mois pendant lesquels les sages-femmes, mais aussi les chirurgiens tout aussi ignorants en matière d'obstétrique, apprenaient par la manipulation concrète des mannequins de tissu conçus et réalisés par Marie-Angélique du Coudray les différentes configurations de l'accouchement : normal, présentation latérale ou siège, jumeaux, enfants mal formés, etc. L'emploi de textile apportait ce qu'il fallait de souplesse, d'élasticité, à ces différents bébés ainsi qu'au bassin féminin dont l'anatomie était scrupuleusement reconstituée, y compris des bassins mal-conformés auxquelles pouvaient être confrontées les sages-femmes, une fois retournées dans leurs villages.
Ces mannequins textiles, dont il ne reste qu'un seul exemplaire, ont très fortement contribué à faire baisser la mortalité infantile en France, ainsi que la mortalité des femmes en couche ou encore le nombre d'estropié·e·s par ce «massacre des innocents». Pourquoi n'y-a-il pas plus de rues portant le nom de Marie-Angélique du Coudray dans nos villes ?
Tissus d'ameublement, au XVIIe siècle, à Toulouse
Comment décorait-on son logis, à Toulouse, au XVIIe siècle ? Quels étaient les goûts de nos ancêtres toulousains ? sur quels critères choisissaient-ils leurs tissus d'ameublement ? quelles étaient les matières employées ? qui étaient leurs fournisseurs ? y-avait-il des modes ?
À toutes ces questions, et à bien d'autres, Véronique Castagné a répondu lors de la conférence qu'elle donnait le 8 novembre au Musée Paul-Dupuy. Pour pallier le manque de sources iconographiques locales, Véronique Castagné a largement illustré son propos avec des images issues des collections du Albert and Victoria Museum de Londres qui a rassemblé d'immenses collections de textiles européens, et français en particulier.
Tout d'abord, Véronique Castagné attire notre attention sur le fait qu'on utilisait beaucoup de textiles dans l'aménagement des intérieurs. Pour se protéger du froid en premier lieu, pour décorer ensuite, puis comme signe ostentatoire de richesse, si on avait les moyens d'employer des textiles de grand prix.
Au XVIIe siècle, l'industrie textile fut très sérieusement redynamisée déjà sous Henri IV, puis sous les règnes suivants qui créèrent de nombreuses manufactures de toutes sortes : filatures, tissages, production de tapis, de tapisseries, etc. On trouvait donc plus facilement de quoi orner et protéger son intérieur chez les négociants toulousains qui s'employaient à suivre la mode en important des autres régions du royaume. En effet, la région toulousaine n'était pas une grande région textile, on y produisait de la matière première qui était transformée ailleurs et on y réalisait les opérations finales (broderie, montage).
En tout cas, peu de ces textiles nous sont parvenus mais les actes notariés rédigés à l'occasion des décès, des mariages, constituent une source d'information très fiable à propos de ces textiles qui pouvaient aussi servir de gage contre un prêt. Ces actes notariés renseignent très précisément sur le nombre, la valeur, l'état des éléments textiles. qui étaient comptés aussi précisément que les meubles, les bijoux, la vaisselle. Il y avait pourtant une très grande variété d'étoffes utilisées, qu'il s'agisse de tapisserie de haute ou de basse lisse, de tentures tissées pour les rideaux de lits, de tapisserie sur canevas pour les sièges, ou encore de bergame, une étoffe faite de crin, de laine ou de tout ce qu'on trouvait pour recouvrir les murs chez les Toulousains plus modestes, ou encore de tapis noué turc, chez les plus aisés, tapis que l'on ne mettait pas au sol comme on le fait aujourd'hui mais que l'on utilisait comme décor de table ou de coffre. Le décor textile n'était pas immuable puisqu'au retour de la belle saison, les tentures murales étaient décrochées des murs et battues pour les dépoussiérer ; ensuite on les entreposait dans une garde-robe pour les remettre en place à l'automne.
Ce que nous laissent entrevoir les actes notariés et les sources trouvées par ailleurs, c'est que le goût dominant était à la bigarrure, à l'accumulation des couleurs, des motifs, des textures, à la juxtaposition de pièces très différentes. Donc, rien de zen dans tout cela.

