La visite du mois : un coutelier
La sortie du mois a eu lieu vendredi 7 novembre, 18h : chez un coutelier. Hugues Bouterige-Brivady nous a très aimablement reçu dans sa boutique-atelier de la rue Boulbonne.
Il nous a longuement expliqué le monde des ciseaux, outils de couture indispensables dans nos boîtes à couture. Nous avons ainsi appris que les ciseaux ne sont pas deux lames de couteaux qui se croisent. En effet la lame de dessus, bombée vers le haut (la bancale) est légèrement incurvée pour que le point de frottement soit très précis avec la lame du dessous (la camard) en général plus étroite et de forme triangulaire. Donc en plus du tranchant de chaque lame, la qualité du point de jonction entre les deux lames est essentiel. Cette précision est possible si l'axe autour duquel sont articulées les lames n'est ni trop serré ni trop lâche.
De plus, HBB nous a fait voir toute la différence entre des lames forgées et des lames moulées. Actuellement, on trouve surtout des lames moulées, mais elles sont plus difficiles à aiguisées, voire impossibles. Il reste quelques fabricants de ciseaux à lames forgées, dont ceux de la marque Henry, de Nogent. D'ailleurs, HBB préconise de dénicher les ciseaux anciens à lames forgées dans les vide-greniers, car même s'ils sont rouillés, un peu désarticulés, il peut tout à fait les rénover, corriger la courbure de la bancale et l'axe pour en faire des bons ciseaux remis à neuf.
La France a une longue expérience en coutellerie en général, et plus particulièrement pour la fabrication des ciseaux, à Nogent. En Allemagne, la ville spécialisée pour la fabrication des ciseaux est Solingen. On trouve aussi de très beaux ciseaux japonais. Bref un choix très vaste de ciseaux de qualité.
D'une manière générale, pour pratiquer les travaux d'aiguilles, on aura plusieurs paires de ciseaux car la règle (que je clame à chaque atelier) est d'utiliser une paire de ciseaux par usage, pour chaque matériau.
Pour la couture :
- une paire de taille moyenne pour la découpe du tissu,
- une paire pour la découpe du papier, qui est beaucoup plus abrasif que le tissu et qui use donc plus les lames,
- une petite paire de ciseaux à broder, à pointe très fine,
- un coupe-fil.
Si on coupe des tissus épais, une paire de ciseaux de tailleur peut être nécessaire. Ces ciseaux ont de grandes lames assez épaisses.
Pour la maille en général : une petite paire à bouts ronds, de même que si on travaille avec des enfants.
Il est sage de ne pas forcer sur des ciseaux, ni d'essayer de les affuter soi-même, surtout s'il s'agit de lames forgées, mais de les confier à un professionnel.
Pour les gauchers : attention, la plupart des ciseaux de gaucher ont simplement une inversion des boucles pour passer les doigts mais pas d'inversion des lames. En réalité, il faut bien veiller à ce que la bancale passe à gauche et la camard à droite pour que ce soit vraiment des ciseaux de gaucher - comme par exemple ceux de la marque Solingen.
Consigne de sécurité : on présente les ciseaux à une autre personne en les tenant par les lames fermées pour lui présenter les boucles des ciseaux. De même, quand une paire de ciseaux n'est pas en main et occupée à la découpe, les lames sont fermées, les ciseaux posés sur la table, pointe vers le centre de la table. Sinon on prend le risque de transformer la séance de couture en combat d'escrime.
Voilà pour les ciseaux. Il y fut aussi question de couteaux et de diverses lames.
Merci à Hugues Bouterige-Brivady, professionnel passionné qui aime partager son savoir dans sa belle boutique où l'on est sûr d'être bien accueilli.
Novembre gris
Novembre : le mois gris par excellence. Sur le plan de la connotation morale, le gris est la couleur liée au doute, à l'indétermination. C'est aussi la couleur de la brièveté de la vie, de la tristesse, de la monotonie. Le gris, c'est l'élimination du contraste, du clinquant, c'est la couleur de la modestie, de la recherche de la neutralité pour se rendre invisible. C'est souvent une couleur de vêtement professionnel : tailleur gris, escarpins noir, voilà le vêtement d'une secrétaire que l'on suppose dévouée, efficace, discrète, compétente.
Et que dire des mots «grisaille», «grisâtre» ? rien de très flatteur, vraiment. Mais, au fait, le gris, est-ce une couleur ou l'absence de couleur, une non-couleur en quelque sorte, coincée entre le blanc et le noir. Le gris est souvent considéré comme une couleur «neutre», à tort à mon avis , car il y a plusieurs dizaines de nuances de gris : gris ardoise, légèrement bleuté, gris taupe un peu bruni, gris argent presque léger, gris perle, gris souris, etc. D'ailleurs les types de gris varient avec les époques ; au XVIIIe siècle, le gris tourterelle, très poétique, gris taupe ou le gris puce étaient très présents dans les garde-robe. Mais dans notre monde urbanisé, mécanisé, où les puces ne nous harcèlent plus trop, où les taupes ne percent pas (encore) le béton, ce sont plutôt les dénominations «BTP» qui ont pris l'avantage : gris bitume, gris anthracite, gris acier, mastic.
Comme la plupart des couleurs dites «neutres», le gris peut être associé à de nombreuses autres couleurs, mais de là à dire que tout va avec le gris... car selon la façon dont on l'associe à d'autres couleurs, le gris peut être soit terne, soit élégant, affligeant ou joyeux. Le plus prudent est d'avoir un échantillon pour acheter un article de couleur à assortir avec du gris. D'une manière générale, j'apprécie de l'associer à une touche de couleur tonique.
* image de source inconnue.
Prêtes pour le prochain casting ?
En fouinant sur la toile, j'ai trouvé le compte-rendu rédigé par une des candidates de «Cousu main», Laurence. Ses lignes reflètent bien sa personnalité, généreuse, dynamique. Elle donne envie de coudre, de participer à la prochaine saison. Ça tombe bien, le casting pour la sélection des prochains candidats vient de commencer.
Objets intimes... derniers jours
Peintre accompli, acteur du foisonnement artistique des années 1939-1960, Jean Lurçat, nettement influencé par le cubisme, puis par le surréalisme, fut un dessinateur raffiné, un coloriste exigeant qui mit ses qualités au service de la tapisserie qu'il contribua à faire renaitre après la Deuxième guerre mondiale, à Aubusson ; il redonna ainsi toutes ses lettres de noblesse au métier de cartonnier et il a ensuite entrainé dans son sillage d'autres artistes majeurs, comme Picasso, Le Corbusier, Léger, Mirò, et d'autres encore dans cet art décoratif textile.
Ses œuvres sont exposées à l'abbaye-école de Sorèze jusqu'au 9 novembre ; elles proviennent de l'atelier-musée de Jean Lurçat à Saint-Laurent-des-Tours et des prêts d'œuvres d'une collection privée. À Sorèze, on peut voir des tapisseries, des dessins, des céramiques puisque Jean Lurçat pratiqua d'autres techniques artistiques.
Cette exposition vient en préfiguration de l'ouverture du Musée Dom-Robert. Nous en reparlerons prochainement.

