Fibres sculptées
Ce weekend, j'ai trouvé deux beaux livres à la librairie des Abattoirs.
Tout d'abord le magnifique ouvrage dirigé par Jenelle Porter de l'Institute of Contemporary Art/Boston «Fiber Sculpture» qui présente les principaux artistes et les principaux courants de l'art textile depuis 1960 jusqu'à nos jours. Peu à peu la fibre textile s'est détachée du mur où elle était accrochée comme tenture, ou du corps sur lequel elle était portée comme vêtement, pour devenir une sculpture à part entière, en dépit de sa fragilité. Ce que nous avait bien montré les travaux d'Émilie Faïf, récemment.
Très belle édition, soignée et bien documentée, comme savent le faire les éditeurs anglophones. On y voit avec bonheur que diverses techniques sont mises en œuvre par les artistes, traditionnellement le tissage bien sûr, mais aussi, de plus en plus souvent la maille, en particulier le crochet qui se prête admirablement au travail en volume, aux pièces de grandes tailles. Tout comme le feutrage. Et que dire de la broderie qui prend de nouvelles couleurs, de nouvelles formes. À garder comme livre de chevet.
Puis un livre consacré au papier, ce bon vieux papier fait de fibres végétales, lui aussi. Les œuvres des artistes ayant participé à la huitième triennale du papier du Musée Charmey y sont rassemblées, toutes techniques confondues : pliage, découpe, etc.
Deux beaux livres à (s')offrir... D'une manière générale, la librairie des Abattoirs a un très beau choix de livres consacrés à l'art en général, à l'art textile en particulier. Idées pour garnir la hotte du Père Noël ?
Fiber Sculpture 1960-present – Jenelle PORTER – ed Del Monico Book-Prestel – The Institut of contemporary Art de Boston – www.prestel.com
Paper Art : 8e triennale internationale du papier – Musée Charmey – www.lhebe.ch
Le velcro et l'épingle à nourrice sur l'île du Ramier
Samedi et dimanche dernier, l'île du Ramier recevait le Toulouse Game Show. Qui est, soit dit en passant, la plus grande manifestation «couture» toulousaine de l'année grâce aux concours de cosplay qui ont attiré une foule très dense. (Cosplay pour costume et playeurs - joueurs - c'est-à-dire joueurs costumés et maquillés comme leurs héros favoris de manga, de jeux vidéo, de films, de séries).
Il y avait en fait deux concours, un pour les individuels, un pour les groupes. La difficulté pour chaque participant était de se produire sur scène dans un costume conforme au personnage choisi par chacun et dans une mise en scène adéquate sous l'œil d'un public très averti (grand merci à mes voisins immédiats pour la formation accélérée qu'ils m'ont dispensée pendant le spectacle, car j'en étais restée aux tortues Ninja). Mais petit raffinement, le costume doit être cousu par les participants eux-mêmes. Je n'ai pas photographier pendant le spectacle car je suis vraiment trop petite et trop mauvaise photographe mais je me suis régalée car certaines prestations étaient très au point, avec des costumes raffinés bien coupés, bien cousus, bien portés.
En revanche, comme le spectacle était aussi dans les allées du Parc des expositions, j'ai photographié quelques personnes costumées et consentantes, avec toutefois une exigence, c'est que leur costume ait également en tout ou en partie été réalisé par eux-mêmes.
Les garçons ont une préférence marquée pour les matériaux plastiques, (et même de la gaine d'isolation de plomberie), le cuir (vrai ou simili), le carton, le papier mâché (pour faire des cornes par exemple). Apparemment, le cosplay est pour eux une affaire de famille, car nombre d'entre-eux ont été aidés par leur mère, grand-mère, sœur, belle-mère qui ont cousu le vêtement, eux se chargeant le plus souvent des ornements, des armes, des coiffes, chausses et accessoires.
Les filles ont un peu plus souvent cousu elles-mêmes leur costume et dans ce cas avec un certain savoir-faire. Certaines d'entre-elles ont préféré customiser un costume déjà existant, mais dans ce cas avec un grand raffinement. Et certaines m'ont dit que c'était la première fois qu'elle cousaient... Beau début !
Sur certains costumes, les techniques ne sont pas très orthodoxes, mais en tout cas, comme me l'a dit une cosplayeuse «ça tient». Avec une forte prédilection pour le velcro comme système de fermeture, la colle, les clous, les agrafes, et même de bonnes vieilles épingles à nourrice.
Voici quelques photographies sélectionnées parmi les dizaines réalisées sur place. J'ai du éliminer beaucoup de photos ratées, trop sombres, trop blanches, trop floues, etc. et j'en suis désolée car il y avait parmi ces photos de très beaux costumes.
Même si beaucoup de ces costumes portaient, d'une manière ou d'une autre la marque de fabrique «amateur» voire «novice» en couture, il n'en reste pas moins que les cosplayeurs peuvent être très fiers de leur travail ; d'ailleurs beaucoup des personnes photographiées ci-dessous ont gentiment passé du temps à m'expliquer comment elles avaient travaillé, ce qui leur avait posé difficulté, ce qu'elles estimaient avoir réussi, ce qu'elles feront une prochaine fois.
En tout cas je remercie chaleureusement tous les cosplayeurs qui ont accepté de figurer dans ce blog.
Trois dames très coordonnées. Très beau travail d'équipe, avec des détails particulièrement soignés.
Quelques petits défauts techniques mais un ensemble très réussi et très bien porté. Ce qui démontre qu'il ne faut surtout pas renoncer même si on ne sait pas très bien coudre. Tout le monde peut coudre et réussir de beaux costumes. Bravo !
Le gars n'était pas très causant mais son accompagnatrice m'a présenté les détails vestimentaires. À noter en particulier le choix réussi des couleurs très subtiles.
C'est la grand-mère du Jedi qui a cousu le manteau avec une aiguille laser. Le tombé est particulièrement réussi. Bravo Mamie !
Allure sylvestre très réussie ! Ce genre de costume est assez difficile à réaliser en dépit d'une trompeuse simplicité apparente. Tout se joue dans le choix des tissus qu'il ne faut pas hésiter à «patiner» un peu pour un effet plus réaliste car ici, ce n'est pas le clinquant qui compte mais l'aspect «nature».
Un duo très réussi que ma photo massacre, ce qui est vraiment dommage, d'autant que ce couple sympathique était accompagné d'un petit lutin pour lequel il a fallu coudre un costume avec une ouverture pour le changement des couches. Détail technique qui ne gâchait en rien l'allure du petit bonhomme. Ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls à être venus en famille et tous déguisés.
D'aucuns diront que la fabrication, pour la partie couture, a été minimaliste, mais l'effet est bluffant - c'est d'ailleurs le seul costume sans couture de la galerie de portraits de ce billet. Le casque est en ???, et du plastique argenté a été collé sur des gants noirs. Et voilà le travail !
Le gilet cousu main au point devant, le pantalon fait avec un demi-pantalon tout fait et le patron relevé pour la deuxième jambe.
Et je termine par mes deux costumes préférés. Un costume de guerrier cornu. Les détails cuir et peau sont particulièrement soignés, les accessoires très réalistes et l'ensemble très cohérent.
À fleur de peau
Samedi 22, nous étions reçus par Sylvie Corroler-Talairach à la Fondation Écureuil pour visiter l'exposition Émilie Faïf, plasticienne qui travaille à la jonction des arts et du design, utilise beaucoup avec le textile pour ses sculptures ou ses installations. Par le textile, Émilie Faïf passe du paysage au corps, à l'intérieur du corps même. La fibre respire - non ce n'est pas un argument publicitaire, voyez ce cœur au rythme insoutenable dans une des caves de la Fondation.
La pièce qui m'a le plus plu est la tenture de très grande dimension qui fait d'une coupe anatomique de la peau un paysage poétique en volume, en rondeur. Point de rencontre entre l'extérieur du corps - exposé au rez-de-chaussée - et l'intérieur du corps - exposé au sous-sol, la peau est l'organe du toucher et quelqu'un dans le groupe a dit qu'il est très difficile de ne pas toucher, de tâter le tissu des œuvres exposées, alors que c'est un matériau connu de tous, que nous touchons d'ailleurs constamment, puisque nous en portons tous sur nous. Propos que corrobora notre hôtesse en disant que dans les musées, les galeries d'art, il est assez facile d'interdire de toucher le marbre, les métaux, les toiles peintes, en tout cas, ceux qui le font ne sont pas surpris qu'on les rappelle à l'ordre. Mais pour le tissu, c'est beaucoup plus difficile d'interdire au public de tâter. Y compris pour les personnes qui ne sont pas des intoxiquées graves comme votre servante. Peut-être son omniprésence, la familiarité que nous entretenons avec lui, lui ôte-t-il tout caractère de rareté, de fragilité, alors que c'est un matériau extrêmement difficile à conserver, à préserver de ses multiples agresseurs, dont le contact, le frottement. Peut-être aussi le tissu est-il inconsciemment perçu comme une extension de notre propre peau ? vivant comme elle, respirant comme elle.
En tout cas c'était une visite bien accompagnée, guidée par Sylvie Corroler-Talairach qui par ailleurs donne un cycle de conférences sur l'art contemporain et qui sait si bien rendre l'érudition souriante.
Et l'exposition d'Émilie Faïf est visible jusqu'au 27 décembre.
Tissage
Le tissage fait depuis quelques temps un come-back remarqué dans le monde des loisirs textiles. Le tissage, en tout cas dans sa version de base qui consiste à croiser un fils de chaine et un fils de trame, parait de prime abord plus facile que le tricot ou le crochet. Encore faut-il un peu de matériel.
Fouillez dans les greniers de vos grands-mères hippies des années 60. Vous y trouverez peut-être un métier à tisser. Si vous n'avez pas de grand-mère hippie, ou si celle-ci n'a jamais eu de métier à tisser, et que vous hésitez à vous lancer dans l'acquisition d'un vrai métier à tisser qui prendra un peu de place chez vous, il vous reste la possibilité de commencer à vous initier au tissage en pratiquant le tissage sur carton. Pour tisser des petites pièces. Que l'on peut éventuellement assembler pour fabriquer des étoles, de vêtements.
Voici un livre sympathique pour débuter le tissage : «Le tissage sur carton» pour vous guider étape par étape.
