explorations textiles
Encore quelques boutons...
Quelle couturière n'a pas sa boîte à boutons, ceux récupérés sur de vieux vêtements, ceux achetés en vue d'un ouvrage jamais cousu, ceux trouvés dans des puces de couturières, ceux hérités d'une grand-mère... bref tous les boutons que l'on peut rencontrer dans une vie de couturière ? qu'ils soient rangés en vrac dans une boite métallique à biscuit, dans un bocal, ou triés par couleur dans plusieurs contenants. Je crois bien qu'une telle couturière n'existe tout simplement pas.
Mais aucune de nos boites à boutons ne peut égaler la collection unique au monde du Musée des arts décoratifs et qui font présentement l'objet d'une magnifique exposition, à Paris «Déboutonner la mode». On peut y voir des boutons faits de toutes sortes de matériaux, dessinés par les plus grands couturiers. On y voit que le bouton n'est pas seulement le petit objet utile pour fermer un vêtement, il orne le vêtement, il participe à sa construction ; éventuellement, il signale une époque, une opinion, un événement historique comme par exemple au moment de la Révolution française qui vit un foisonnement de création boutonnière.
Tout au long du XXe siècle, les plus grands artistes se sont appliqués à produire des boutons, comme par exemple Maurice de Vlaminck, Jean Arp, Alberto Giacometti, ce qui les a obligés à travailler des très petits formats, par rapport à leurs autres œuvres artistiques. Après une période d'accalmie qui s'est accommodée d'une production plus terne et plus fonctionnelle, c'est Jean-Paul Gaultier qui a relancé récemment la création de boutons. En clair, zip, crochet, velcro ont encore un rude concurrent qui n'a pas dit son dernier mot.
Pour voir cette magnifique exposition dans la ville rose, reste le catalogue : - Déboutonner la mode - sous la direction de Véronique Belloir - Musée des Arts décoratifs, 2014 - ISBN : 978-2-916914-54-1 - 45€
Et pour tout savoir sur l'art de collectionner les boutons.
À voir jusqu'au 19 juillet 2015 Arts décoratifs - 107, rue de Rivoli 75001 Paris
Ikats
Des ikats venus de l'île de Sumba, au sud de l'archipel de l'Indonésie sont actuellement exposés, d'une façon bien trop confidentielle, à Toulouse. Il faut en effet pousser la porte de l'agence de voyage Espace Asia et demander à accéder dans les salles d'exposition qui se trouvent derrière la boutique.
L'accueil y est très sympathique et on n'est vraiment pas déçu devant l'exceptionnel savoir-faire des tisserandes et des teinturiers indonésiens. Car ce sont traditionnellement les femmes qui tissent et les hommes qui préparent les fibres constituant la chaîne en ligaturant les fibres avant la teinture et qui les dénouent une fois la fibre teinte, en prévoyant à l'avance les motifs que l'on veut obtenir sur le tissu fini qui peut être bi- ou multicolore. Ce mode de teinture à réserve ligaturée sur la chaine est particulièrement sophistiqué et il est actuellement proposé au classement des techniques traditionnelles par l'Unesco.
Il faut préciser que sur cette île de Sumba, on nait, on vit et on meurt dans un ikat, il s'agit donc d'une étoffe très importante pour les habitants et très appréciée des connaisseurs.
Jusqu'au 7 mai - Gratuit Lieu : 5, rue Croix-Baragnon - tel 05 6 14 5 50
Habiller les dieux et les bergères
Le répertoire de l'Opéra comique a souvent mis en scène les aventures des personnages qui peuplent l'Olympe, le Panthéon, le Gotha, le Walhalla et autres contrées célestes. Une centaine de ces costumes font l'objet de la belle exposition «L'Opéra comique et ses trésors», au Centre national du costume de scène, à Moulins, dans l'Alliers, à l'occasion du tricentenaire de cette institution musicale, créée en 1714 par privilège royal et qui permettait de joindre la parole au chant et à la danse, ce qui, d'une certaine façon, en fit l'ancêtre de la comédie musicale. Décors, costumes, tout était fait pour en faire un spectacle total.
Cette exposition a été scénographiée par Macha Makeïeff, costumière de théâtre et d'opéra, mais pas seulement.
Mode d'ici, créateurs d'ailleurs
Chaque crise économique, chaque révolution politique déplace des populations entières dont les créateurs de mode qui recherchent un terrain plus favorable à l'épanouissement de leur art.
«Fashion mix» est une exposition qui rend hommage à ces créateurs venus de la planète entière qui ont contribué à faire de Paris une des capitales mondiales de la mode en s'y installant, soit qu'ils aient été attirés par la renommée de la haute couture française, soit pour fuir des conditions politiques ou économiques.
La liste est longue : Charles Frederick Worth - Azzedine Alaïa - Mariano Fortuny - Issey Miyake - Yohji Yamamoto - Elsa Schiaparelli - Martin Margiela - Cristobal Balenciaga - Robert Piguet - Paco Rabanne - Raf Simons, et tant d'autres encore, qui ont contribué au «made in France», y compris des artisans ou ouvriers très qualifiés comme les brodeurs russes dans les années 1920. À voir au Musée de l'histoire de l'immigration, à Paris Jusqu'au 31 mai 2015
Le catalogue d'exposition : «Fashion mix - mode d'ici, créateurs d'ailleurs» - sous la direction d'Olivier Saillard - Co-édition Musée de l'histoire de l'immigration et Flammarion, 2014 - 176 pages - 35€ - ISBN : 978-2-0813-4309-2


