lectures textiles
Avec DEUX baguettes magiques...
Le tricot, ce n'est pas sorcier ! il suffit de deux baguettes magiques.
Dans le livre de Tanis Gray, on trouve comment réaliser les modèles portés par Harry Potter et ses comparses : les écharpes des différentes maisons, les cardigans, les pulls, les chaussettes, les bonnets. C'est une façon très sympathique de s'initier au tricot en réalisant les modèles de base de la garde-robe des apprentis magiciens, ainsi que des modèles inspirés par cette fabuleuse école imaginée par J. K. Rowling.
Sur le plan technique, rien d'abscons ni d'inextricable là-dedans car les explications sont tout à fait intelligibles et les schémas très clairs. Beaucoup plus simple que toutes les autres disciplines enseignées à Poudlard !
La Magie du tricot : livre officiel de tricot Harry Potter
par GRAY Tanis - Hachette Heroes, 2020 - 206p. - 25€
Disponible dans toutes les bonnes librairies.
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Kamui-den
Le manga «Kamui-Den» de Sanpei Shirato relate les destins entrecroisés de trois personnages de l'époque Edo (1603-1868) au Japon, avec son système opprimant de castes très cloisonnées, régies par de nombreux interdits.
Il y a Kamui, le héros éponyme, un «non-humain», sorte de paria ou d'intouchable au plus bas de la société, caste assignée aux tâches les plus réprouvées, les plus honteuses, qui choisit de devenir un ninja, c'est-à-dire un mercenaire masqué, tout vêtu de noir, passé maitre dans les techniques de dissimulation, d'escrime et de toutes sortes de combats. À noter que la caste des parias, qui a été abolie à la fin du 19e siècle, apparait très peu dans la production artistique japonaise. Il y a Ryûnoshin, qui bien que né dans une caste privilégiée, se retrouve «déchu» et devient rônin, un de ces nombreux guerriers errants qui ont nourri une vaste littérature populaire japonaise par leurs faits et gestes. Jusque-là, c'est du manga pur et dur avec de nombreux combats, des duels au sabre, des arts martiaux très virevoltants, bref, rien de très textile, me direz-vous...
Et il y a Shosûké, un domestique ou serf (la classe sociale juste au-dessus des parias) qui a l'ambition de devenir paysan indépendant. Pour y arriver dans une société rigide où il est quasiment impossible de sortir de sa caste par le haut, comme il n'a ni terre, ni outils, ni famille paysanne qui pourrait le soutenir, il n'a qu'une solution : se servir de ses talents personnels, de ses connaissances, de son goût pour l'innovation : il introduit la culture du coton et celle du vers à soie dans son village, en bousculant au passage les clivages de castes, en créant de nouvelles solidarités.
Partout dans le monde, du 16e au 19e siècle, la culture du coton se développe ; le cas esclavagiste américain est bien connu en Europe qui était sa principale destination d'exportation, alors que le coton japonais était surtout destiné aux Japonais, puisque le Japon s'était fermé au commerce international. C'est de plus une production «industrialisante» puisque tout un secteur d'activité y a pris sa source et a généré à son tour de la richesse.
Au Japon, comme partout dans le monde, le coton, en dépit de l'intensité du travail agricole qu'il réclame, était d'un prix modique et il a bousculé les lois somptuaires qui régissaient l'habillement de chacun. La relative facilité de sa mise en œuvre industrielle ou artisanale (filature, tissage, teinture), la facilité de son entretien ont également été de grands atouts de son succès pour habiller l'humanité. Des lois somptuaires, il est également question dans ce manga, à propos de vêtements que les différents protagonistes ont le droit de porter ou non, selon leur rang social.
Ce manga, œuvre de Sanpei Shirato, précurseur du roman graphique, est finalement très textile ; c'est aussi un manga historique, dont l'action se situe globalement autour des années du grand incendie d'Edo, en 1657. Ce dessinateur, né en 1932 a subi dans sa jeunesse l'oppression croissante du nationalisme militariste japonais, jusqu'à la chute finale, en 1945. Il devient mangaka en 1957 et se fait assez rapidement apprécier dans les milieux d'amateurs japonais qui louaient les mangas dans les kashibon, petites librairies de prêt de littérature populaire. Grâce à son style de réalisme narratif et graphique, dans lequel les scènes de violences ne sont jamais gratuites, et à ses choix politiques inspirés par la lutte des classes marxiste, il dépeint une chronique sociale historique très intense et il est tout de suite salué, dès sa publication japonaise en 1964, comme l'auteur d'un chef-d'œuvre. Le public des mangas ne manque pas d'établir un parallèle entre la période contemporaine et la période historique Edo.
En effet, au cours des années 1960, le Japon vaincu et désarmé reprend une place honorable sur la scène internationale, il a retrouvé une pleine souveraineté après la période d'occupation américaine, la prospérité économique revient dans une société civile qui veut ardemment la paix et le bien-être ; c'est aussi une période de révoltes estudiantines des jeunes nés après la guerre, de contestation sociale contre les immobilismes japonais. Sans oublier le fulgurant apport des innovations techniques qui transforment profondément la vie quotidienne des Japonais. Autre trait comparable avec le Japon de la période Edo, le Japon contemporain n'a pas non plus de ressources d'exportation, sa seule ressource est le travail humain et son agriculture ingrate ne repose que sur le labeur acharné des paysans.
C'est donc dans un tel contexte historique que Shosûké arrive à convaincre son entourage de la valeur du coton et de la soie et nous entraine dans ses aventures palpitantes. Autour de ces trois personnages placés dans la période Edo, Sanpei Shirato fournit de très nombreux détails ethnologiques et historiques (par exemple les répressions anti-chrétiennes, ou encore les efforts des marchands pour sortir du système féodal) avec un souci permanent de reconstitution historique, portée par un trait noir et énergique, sans jamais sacrifier les lois du genre manga.
Actuellement au Japon, l'histoire de la culture du coton continue : il est appelé à la rescousse sur les terres polluées de Fukushima.
Kamui-den - par Sanpei Shirato - édition française par Sensei en 1982
en 4 volumes d'environ 1500 pages chacun...
se lit de droite à gauche, comme tous les mangas.
Et voici un autre article sur le coton au Japon : «Le goût du coton : culture matérielle, politique et consommation dans le Japon des Tokugawa...» de Beverly Lemire et Guillaume Ratel, publié en 2013.
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En attendant le quatrième numéro...
En attendant le quatrième numéro de la revue Modes pratiques, on peut désormais lire le premier numéro, dont l'édition papier est épuisée, en ligne ici. Cet ambitieux numéro de 416 pages explorait les facettes des normes et transgressions en matière vestimentaire. Ci-dessous, le sommaire dans lequel piocher de belles lectures très intéressantes.
— « Au risque de se perdre ». Normes chromatiques et nuances de blanc dans le vêtement monastique féminin par Nicole Pellegrin
— Punir et vêtir. L’habit du mineur de justice par Jean-Jacques Yvorel
— Jour de fête pour les midinettes. L’envers de la Sainte-Catherine : les normes derrière la dérision festive par Anne Monjaret
— Ajustements. Corps, vêtements à tailles fixes et standards industriels au XIXe siècle par Manuel Charpy
— Les préceptes de la différence. Manuels d’élégance masculine autour de 1830 par Émilie Hammen
— La blouse ouvrière au XIXe siècle. Les normes de la dignité par Alain Faure
— Controverses à Los Angeles. Le port du maillot de bain en ville au début du XXe siècle par Elsa Devienne
— De l’étoffe dont on fait les forces de l’ordre. Les uniformes des gendarmes et des policiers français à la fin du XIXe siècle par Laurent López
— Toute ma vie j’ai rêvé… Les uniformes du personnel navigant, entre normes et pratiques, racontés par ceux qui les portent entretiens recueillis par Loïc Perramond
— Un Empire que des firmans habillent. Normes et réformes vestimentaires en Turquie entretien avec Nora Seni
— Leur bal. Notes sur des photos de Magic-City, bal des tantes de l’entre-deux guerres par Farid Chenoune
— Voguing ou les normes excédées. enquête et photographies par Manuel Charpy et Pablo Grand-Mourcel
— Inspection des vestiaires. Le vêtement professionnel et l’inspection du travail, entre normes et pratiques par Jérémie Brucker
— La morale de la laine. Gustav Jaeger et le mouvement réformateur du vêtement en Allemagne (1832-1917) par Gabriele Mentges
— Ordonnance du Roy Henry II (1549). Document d’archive par Marjorie Meiss-Even
— Ministère de l’industrie légère et stilyagui. La mode soviétique des années 1950-60, entre normes socialistes et goût occidental entretien avec Larissa Zakharova
— Revue pressée. Publicités et conseils mode sélectionnés par Patrice Verdière
— Pluriformes, collages par Pierre Loubat
— Les ados et la mode. Rencontre avec Mélinda Triana, réalisatrice entretien par Clémence Mergy
— Norme et transgression, un abécédaire. Quand la mode outrepasse les codes et les genres : un glossaire partial mais chic par Céline Mallet et Mathieu Buard
— Fashion Victims. The Pleasures and Perils of Dress in the 19th Century. Exposition au Bata Shoe Museum, Toronto présentée par Alison Matthews David et Elizabeth Semmelhack
P.s. Autre billet consacré à cette formidable revue annuelle.
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Mailles humaines
Voilà bien un livre passionnant qui intéressera toutes les serial-tricoteuses : «L'homme et les mailles» par Marguerite Gagneux-Granade, publié récemment par les Éditions {IN}sensées. C'est un ouvrage très complet sur l'histoire des mailles et de leurs différents usages : des mailles à nœuds pour réaliser des filets, des mailles sans nœuds avec un fil limité pour réaliser des réseaux, des mailles sans nœuds avec un fil non limité, autrement dit le tricot (essayez donc de placer dans la conversation que vous faites des mailles sans nœuds avec un fil non limité ! on vous trouvera tout de suite beaucoup moins bête que si vous parlez simplement de tricot...) - et enfin toutes les autres mailles, dont le crochet. Il intéressera aussi les pratiquants de nailbinding, de sprang, de reconstitution historique, de costume ancien.
L'auteure explore de nombreuses sources historiques, iconographiques et archéologiques et note d'ailleurs que pour le tricot les données archéologiques sont décevantes. En effet, beaucoup d'aiguilles à tricoter ont été faites de bois, d'os, d'ivoire, donc des matériaux périssables. Et ce n'est pas un objet qu'on mettait très souvent dans la tombe des défuntes pour les accompagner dans l'au-delà - y compris pour les tricoteuses émérites. Et puis même les aiguilles métalliques ont peu traversé les siècles. Entre celles qui ont été perdues, refondues avec du métal recyclé, transformées en autre chose pour un tout autre usage. Quand vous pensez qu'une vieille aiguille à tricoter me sert depuis quarante ans à vérifier la cuisson des gâteaux.... Sans compter que quelques aiguilles à tricoter ayant atterri dans les collections des musées ont sans doute été rejetées comme n'ayant aucun intérêt par de doctes conservateurs des siècles passés... bref dans l'Europe entière, à peine trouve-t-on quelques dizaines d'aiguilles à tricoter anciennes dans les musées.
Pour revenir à ce livre, outre la somme d'érudition qu'il recèle, il a des qualités que j'apprécie beaucoup dans un ouvrage technique et historique : une bibliographie très fournie, un glossaire. Seuls couacs : une mise en page triste comme la pluie avec un texte très compact, des petites illustrations mal photographiées. Et une diffusion très confidentielle. C'est une sorte de sabotage et c'est franchement dommage pour nous et pour le remarquable travail de l'auteure.
Est-ce le sort des ouvrages consacrés à l'histoire du tricot que d'avoir cette apparence si fade ? En 2010, l'AFET publiait «La maille une histoire à écrire», ouvrage qui rassemblait les actes de journées d'études de cette association de passionnés. Mêmes qualités quant au fond, donc un travail très solide, mais presque les mêmes défauts quant à la forme et une diffusion encore plus confidentielle... c'est d'autant plus regrettable que fort peu de chercheurs des sciences humaines (ethnologie, anthropologie, histoire des techniques, etc.) se sont intéressés à la maille, particulièrement en France, alors que nous passons désormais notre vie dans la maille (à commencer par nos sous-vêtements !) et que tricoter a toujours été une pratique courante - ben oui, mais «ouvrage de dame» c'est sérieux ça ? sans compter que la maille est devenue une industrie à part entière. C'est dire si ce domaine de recherche peut encore alimenter beaucoup de publications intelligentes et intéressantes. Bref, en dépit de leur aspect terne, je vous conseille chaudement de lire ces deux ouvrages.
Voici leurs références complètes :
- Gagneux-Gradade Marguerite - L'Homme et les mailles, histoire critique des mailles textiles : filets, réseaux, tricot, crochet - Éditions {IN}sensées, sd - 250p. - ISBN 978-2-9558095-0-1 - 25€
- La Maille une histoire à écrire - journées d'étude, Troyes, 20-21 novembre 2009 - AFET Association française d'Étude du Textile, 2010 - 294p. - ISBN D/2010/1652/2 -

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