explorations textiles
Sari sur Garonne
En 1970, Hiroko Iwatate, jeune Japonaise créatrice de tissus, découvre les villages reculés du Gujarat et du Rajasthan en Inde, difficilement accessibles par des pistes chaotiques, au milieu de véritables mers de sable.
Depuis cette époque, elle a constitué une remarquable collection. Son intérêt pour les tissus indiens, dont les sarasa, est parti d'un turban teint à la réserve qu'elle a pu photographier au Musée de Jaipur lors de son premier voyage - elle est retournée en Inde plus de soixante dix fois en plus de quarante ans... Mais revenons au sarasa : sur la toile de coton, des petits motifs sont imprimés au pochoir à partir de teintes végétales dans des couleurs douces. Chaque petit motif de sarasa a un nom spécifique, souvent fort ancien, tout comme le motif qu'il désigne.
Puis en partant de Jaipur, Hiroko Iwatate est partie à la découverte des villages alentours, Bagru, Kishangah, Jairanspur, Akora et Karadera, sous la conduite d'un chauffeur de taxi, M. Tak qui connaissait toute la région et les traditions vestimentaires de ses habitants… puis plus loin encore. Dans toutes ces contrées où le port du sari se maintient et où la tradition se perpétue. Dans tous ces villages où les femmes portent des kanjari, blouses brodées de fils rouges et de petits miroirs qui scintillent, des ghanghro, jupes de shibori richement plissées, des odhna, voiles de shibori, et des accessoires en argent ou en métal, on dirait qu’elles portent leurs habits du dimanche.
Hiroko Iwatate connait tous les musées indiens consacrés au textile, comme à Ahmedabad, vieille ville, qui, outre le Musée Calico connu de maints amateurs d'art textile du monde entier, compte de nombreuses boutiques de tissu contemporain ainsi que des boutiques de textiles brodés anciens. De rencontre en rencontre, c'est toute une filière et ses nombreux participants que Hiroko Iwatate a rencontrés : des commerçants bien sûr, des teinturiers dans les villages de teinturiers, le plus souvent installés le long de la rivière dont ils couvrent les rivages à perte de vue de tissus mouillés de toutes les couleurs après le passage dans des cuves de teinture dont certaines remplies de teinture d’arizarine, alors que dans d’autres sont teints les tissus avec le turmeric jaune. Tout cela depuis plusieurs siècles.
Son horizon textile s'est également élargi au Cachemire, à l'Himachal Pradesh où les paysans portent des tissus de laine qu'ils filent et tissent pendant la saison hivernale. Puis elle a cherché des ikats dans l'est de l'Orissa Mais Hiroko Iwatate s'est intéressée à d'autres textiles, comme par exemple aux sangles de chameaux, aux tapis kilim, et aux nombreux autres tissus indiens.
Tant et si bien que le troisième étage de sa maison de Tokya est devenu la galerie d'art textile «Khadi Iwatate» où elle expose des tissus indiens et contemporains, teints et tissés à la main. Puis cette galerie est devenue le «Iwatate Folk Textile Museum». Si dans les années 90, en raison du développement intense de l'Inde, on avait pu craindre la disparition de cette belle tradition textile, en tout cas son appauvrissement et sa folklorisation, des jeunes designers ont pris le relais et travaillent à perpétuer et renouveler cette tradition artisanale millénaire.
La présente exposition a été mise en place par Shukuko Voss (commissaire d'exposition) et présente des pièces de cette collection privée et des photos du Iwatate Folk Textile Museum de Tokyo.
Quand : du 8 juin au 9 novembre 2018
Où : Espace Asia - 5, rue Croix Baragnon - 31000 Toulouse - tel 05 61 14 51 50
Kimonos
Il a déjà été question du kimono dans ce blog. Il faut dire que ce vêtement japonais fait régulièrement l'objet d'expositions comme celle se déroulant en ce moment à l'Abbaye de Belleperche. Désormais peu porté au Japon, le kimono n'est pas non plus un costume historique comme le sont nos crinolines et autres robes à panier, et il est toujours d'actualité.
Sa construction apparemment simple est faite de bandes textiles d'environ 38cm de largeur (pour les kimonos de femme, un peu plus pour les kimonos d'hommes), assemblées. Deux bandes pour le dos, deux pour le devant, une pour chaque manche. Il n'y a pas de couture d'épaule, et voilà le tour est joué pour un vêtement facile à coudre.
Au Japon, le tissu nécessaire pour coudre un kimono est vendu selon le gabarit unique de 13,5 mètres. Ni plus ni moins. Pas question de chipoter pour un peu plus ou un peu moins. Mais l'avantage, c'est qu'il n'y a pas de chutes de tissu. Ce vêtement droit, d'aspect rigide, voire hiératique, ne prend pas appui sur la taille ou les hanches comme la plupart des vêtements occidentaux, mais sur les épaules (d'où son nom qui signifie «porté sur les épaules») et se prête néanmoins à de multiples adaptations dont ne se sont pas privés les couturiers occidentaux. Par ailleurs, la simplicité de la coupe n'empêche un grand raffinement des motifs et une réelle sophistication du port de ce vêtement qui demande une gestuelle très raffinée, pour allier simplicité et élégance.
En ce moment et jusque fin septembre, une partie de la collection d'Anita Henry, conférencière spécialiste du Japon vous attend à l'Abbaye de Belleperche, accompagné de la collection Valfré qui est un ensemble unique consacré au thé. Les vêtements, dont certains datent du XIXe siècle, sont présentés avec un éclairage très tamisé afin de préserver les fibres et les couleurs.
du mardi au samedi de 10h à 18h
Lieu : Abbaye de Belleperche - 82700 Cordes Tolosannes - tel 05 63 95 62 75
D'autres billets sur les kimonos : ici et ici...
Vos prochains rendez-vous sur l’agenda...
Enquête occitane
Encore dix jours pour trouver le lieu exact où est exposé le fragment ci-dessous ! Il s'agit d'une tenture brodée au point «Bargello», avec du fil de soie et de laine sur un canevas unifil datant du XVIIe siècle.
Un premier indice : quelque part en Occitanie (plus précisément dans l'ex-Midi-Pyrénées).
Un deuxième indice : il s'agit d'un objet profane de grande dimension...
Mais, aïe ! il reste seulement dix jours pour trouver de quoi il s'agit, envoyer la réponse à Tanaa qui organise ce concours - avant le 1er mai. La ou les gagnant(es) se verra remettre un kit de tapisserie à l’aiguille élaboré par Tanaa avec lequel on pourra se broder un porte-aiguille ou un porte-monnaie, au choix...
Et gare à ceux qui imaginent qu'avec le point de croix, on a fait le tour de la question comme en témoigne le point «Bargello» du fragment énigmatique ; ce point fait partie de la très vaste famille des points droits. D'origine florentine, le «Bargello» fut très à la mode au XVIIe siècle et très fréquemment utilisé pour garnir des sièges et divers éléments de mobilier. Le «Bargello» est fait de points comptés droits imbriqués de telle sorte qu'ils forment comme des vagues soulignées par un choix judicieux de couleurs qui donnent du relief à l'ouvrage terminé.
Par ailleurs, Tanaa anime régulièrement des ateliers de tapisserie sur canevas, à Toulouse, et dans les environs, pour tous les âges, comme par exemple pour MonToulouseSenior (0800 042 444). En particulier, cet été, en juillet.
Silhouettes
Il était une fois un contrôleur des finances qui proposa une réforme complètement extravagante visant à supprimer les exemptions fiscales des certains hauts revenus, à partager les intérêts perçus par les fermiers généraux et même réduire le budget de son souverain. Cela fit grand tapage et le bonhomme dut se retirer de la vie publique*, en banlieue parisienne (dans son château quand même) où il passa désormais ses loisirs à découper des figurines avec la technique de l'ombre chinoise, d'après le buste de ses amis. Bref, à défaut d'avoir retapé les finances du royaume, il a laissé à la postérité cette technique bon marché pour faire des portraits. Et honneur suprême, son nom est devenu un nom commun de la langue française car s'il n'a pas inventé lui-même cette technique, il l'a grandement popularisée.
Puis, le mot silhouette en est venu à désigner la ligne générale du corps et des vêtements qui l'habillent. On parle d'une silhouette élégante... d'une silhouette sportive... Chaque époque de la mode se reconnait à une silhouette particulière, que même les ignares en matière de mode reconnaissent ; ainsi, mes vieux Burda des années 80, avec leurs patrons aux larges épaules... bref, c'est une belle revue des principales silhouettes de la mode de derniers siècles que vous a concoctée le Musée de la mode d'Albi. Jusqu'à la fin de l'année 2018.
*Cela se passait en 1759. Ce n'est pas de nos jours qu'on verrait de telles abominations. (parmi lesquelles vous choisissez selon votre goût celle qui vous semble la plus abominable, les mesures proposées par M. de Silhouette ou son exil forcé)...
Vos prochains rendez-vous sur l’agenda...
Post-scriptum : à propos de l'évolution de la silhouette au cours des trois derniers siècles, on peut lire le livre de Georges Vigarello «La Silhouette - naissance d'un défi du XVIIIe siècle à nos jours», publié par le Seuil, dans la collection Points-Histoire, en 2012.


