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Tata-Georgette

ce que fait la main

Confinement J+25

10 Avril 2020 , Rédigé par Tata Georgette Publié dans #Billet du jour, #Ce que fait la main, #Films textiles

On m'a souvent demandé pourquoi je ne produis pas de tutoriels, que vous pourriez utiliser pendant le confinement, par exemple. Je ne le fais pas pour plusieurs raisons que je vais essayer de développer ici, puisque comme vous, je suis confinée et que j'ai le temps de me livrer à un peu d'introspection.  Et que vous aurez le temps de me lire. Enfin, si vous n'êtes pas en train de vous démener pour nous sortir de ce gigantesque pétrin.

Je veux parler des tutoriels orientés «techniques et savoir-faire» et non pas ceux traitant de «diy», pour beaucoup plus proches des travaux manuels en classe maternelle... car les techniques de ces derniers sont ordinairement limitées à un peu de découpe, un peu d'assemblage, un peu de mise en couleur...

Tout d'abord examinons le mot «tutoriel» et ce qu'il désigne. Au début, ce mot d'origine anglophone désignait les guides d'apprentissage pour l'informatique. Puis le sens du mot s'est élargi à toutes sortes de domaines, dont les activités manuelles. Et c'est là que le bât blesse. Car, tant que le tutoriel reste dans le domaine purement cognitif, intellectuel, c'est simple. Il suffit d'un expert qui connait bien son domaine, qui a envie de partager son savoir, qui sait faire un bon plan pour des séquences pédagogiques bien construites. Ajoutez un bon montage vidéo, le tour est quasiment joué. Et si vous avez besoin de repasser trois fois la vidéo pour bien tout comprendre, ce n'est pas un problème, vous y arriverez, à condition toutefois que vous ayez les prérequis indispensables. Id. pour les savoirs-faire procéduraux, pour lesquels des plate-forme de e-learning proposent également des enseignements tout à fait valables.

Un autre type de tutoriel est assez efficace, c'est celui qui s'apparente au «mode d'emploi» d'une machine. Par exemple, comment régler le serrage du fil sur la machine à coudre. On est là dans une approche purement instrumentale, où il s'agit de comprendre le fonctionnement d'une machine et d'amener cette machine à se plier à votre volonté pour en faciliter l'usage. Mais un savoir-faire ne se réduit pas au mode d'emploi d'une machine...

Pour l'utilisation d'un outil, c'est plus compliqué, car qui dit outil, dit main. Et là...  régulièrement des personnes qui «ont appris à tricoter avec internet» viennent à l'un de mes ateliers... elles ont en général compris le trajet du fil, compris intellectuellement la formation des mailles mais, rien ou pas grand-chose pour ce qui concerne les mouvements des doigts et des mains, ni la motricité mise an œuvre. Dans un monde où on n'éduque pas du tout les mains, cela n'a rien d'étonnant. C'est ainsi qu'on peut voir des personnes qui tricotent avec des doigts complètement raides... si, si, je vous promets, qui «bloquent» comme me l'a dit récemment une jeune femme. Et cela vaut pour tous les savoir-faire manuels : si on ne connait pas le geste, il est extrêmement difficile d'apprendre à le faire avec une formation qui s'adresse uniquement à l'intellect et à la vue, alors que le geste fait appel à la motricité, au toucher, voire à la posture corporelle. Le geste est à mettre en relation avec les autres gestes déjà maitrisés par l'apprenant et avec le rapport tactile avec la matière, avec l'outil, et cette évaluation, le tutoriel ne peut tout simplement pas la faire.

Si le tutoriel aborde le travail d'un matériau, le résultat pédagogique est encore plus aléatoire. Par exemple, comment réaliser des smocks à la machine à coudre...  ça peut être chaud, surtout si vous n'avez jamais manipulé le matériau en question, ici une étoffe. Comment sentir la tension d'un fil ? le tombé du tissu ? d'une façon virtuelle ???

À cela s'ajoutent des caractéristiques formelles. Filmer une séquence de gestes des mains pour bien montrer toutes les facettes du geste est extrêmement difficile. Et faire un montage vidéo regardable demande des compétences spécifiques. Bref, il faut quasiment être cinéaste pour produire une vidéo youtubable et pour répondre à la question initiale de ce billet, voilà quelque chose que je ne sais pas faire.

Mais ce qui me semble le plus important c'est que tutoriel est un faux-ami de tuteur-tutrice, de tutorat qui désignent une relation entre deux personnes impliquant une interaction très forte entre un tuteur et son élève.  Cette interaction mêle questionnement et correction,  reprise et  encouragement entre les deux partenaires. Or, dans le cas du tutoriel, bernique de cette relation interpersonnelle. On est plutôt dans l'impersonnel. Un tutoriel est incapable de corriger un geste fautif... ni d'encourager chaleureusement pile au bon moment, et ce moment est extrêmement variable d'une personne à l'autre. Cette insuffisance fondamentale et structurelle explique en partie le grand succès des cours et ateliers en présentiel, à Toulouse et ailleurs, qui savent construire une progression dans les apprentissages.

Entendons-nous bien. Il ne s'agit pas de dénigrer ici les créateurs de tutoriels, même si dans un certain nombre de cas, on ne peut qu'être agacé par l'absence de pédagogie, le manque de clarté des images et des explications, la pauvreté des savoir-faire transmis, voire l'incompétence manifeste d'amateurs autodidactes qui ont eux-mêmes appris hier matin... car tous sont animés par le désir de partager une compétence. Et rien que ça, c'est louable.

Donc, est-ce stupide d'utiliser un tutoriel ? Et bien, après ce dézingage en règle auquel je viens de me livrer, la réponse est non. Utiliser un tutoriel peut même être une excellente ressource en gardant bien à l'esprit que, d'une manière général, pour démarrer dans une technique textile (tricot, crochet, broderie, couture, etc.) il vaut nettement mieux commencer avec un cours en présentiel. Les tutoriels sont très utiles aux personnes qui savent déjà coudre, tricoter, crocheter, broder, etc... car elles trouveront matière à compléter leur savoir-faire initial.

Voici, avec le recul de mon expérience, les questions préalables à se poser.

  • que veut-on apprendre ?
  • que sait-on déjà faire ? par exemple, il est inutile de vouloir apprendre à tricoter des torsades si on ne sait pas ou quasiment pas tricoter... ou faire des boutonnières passepoilées si on ne sait pas faire une boutonnière simple...
  • quels sont les prérequis clairement exprimés par la créatrice ou le créateur du tutoriel ? (c'est en général assez rarement formulé, c'est donc à vous de les déduire...)
  • quels sont les objectifs clairement exprimés du tutoriel ? le mieux est de choisir un tutoriel avec UN SEUL objectif...
  • ne pas hésiter à «essayer» deux ou trois tutoriels différents sur le même sujet, en tout cas à les regarder.

Comment utiliser un tutoriel ?

  • le regarder une première fois à vide.
  • le regarder une deuxième fois avec papier et crayon pour noter les étapes, le matériel nécessaire, les questions que l'on se pose...
  • le regarder une troisième fois et autant de fois que nécessaire, en essayant de reproduire progressivement les savoir-faire transmis. On peut s'aider du réglage des paramètres de youtube pour ralentir le débit de la vidéo, même si cela déforme le son. On peut arrêter et faire repartir la vidéo à volonté, revenir en arrière, etc.
  • et dernière recommandation, travailler non pas sur un ouvrage en cours, mais sur un échantillon fait à dessein. Ça peut éviter des catastrophes...

Ci-dessous, vous trouverez deux exemples de tutoriels réussis, ÀMHA* (comme on dit sur certains forums...)

Et si vous souhaitez approfondir ces questions relatives aux tutoriels, aux youtubeuses, l'excellent blog de Béatrice Guillier vous y aidera.

Et si vous cherchez des tutoriels pour fabriquer des masques, c'est ici.

Bon confinement !!!

Et comme en ce moment,
l'agenda de Tata Georgette se vide, se vide...
pourquoi ne pas en profiter pour rendre visite à d'autres confinés   ? ? ?

* à mon humble avis

Un seul objectif - tout est bien visible - les explications sont claires - le glamour n'est pas le but, mais ce tutoriel est très efficace.

Un objectif précis - des explications simples, sans blabla - des images bien filmées - et en prime le bon geste pour tricoter...

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Bonne résolution !

15 Janvier 2020 , Rédigé par Tata Georgette Publié dans #Ce que fait la main, #Billet du jour

C'est la grande ambition des débutantes au tricot : tricoter sans regarder les mains... même pas peur ! voilà une belle résolution pour l'année qui vient. D'autant que cela s'acquiert vite... mais au début, les débutantes ont tendance à fixer (férocement) leurs yeux sur leurs mains comme si celles-ci voulaient s'échapper.  Et puis l'angoisse de perdre une maille... rien que d'y penser, c'est la cata !!!

Grands dieux, que les yeux sont féroces à vouloir tout surveiller, notamment par ce qu'on appelle communément la coordination œil-main qui, pour les opérations répétitives, ralentit plutôt le mouvement, qu'elle n'y aide.  D'ailleurs, c'est si vrai que les yeux ne sont pas indispensables pour tricoter que les aveugles non-voyants y arrivent assez bien... 

On peut faire plein d'autres choses en tricotant car le tricot fait appel principalement au toucher, ensuite à la vue. Il laisse tranquilles l'ouie, l'odorat et le goût (on peut donc déguster un bon chocolat en tricotant ?)

Pour ce qui est de l'ouie, en tricotant, on peut téléphoner (pas interdit par le code du tricot), écouter un podcast, bavarder avec des amis, la famille.
Plus complexe, on utilise en même temps l'ouie et la vue : regarder un film, un reportage, une série... D'ailleurs, on peut moduler la complexité du tricot avec celle du film choisi : pour les tricots à points complexes, ou dans les étapes qui requièrent un peu plus d'attention (encolures par exemple), j'exclue les films en VOST...

Quel bonheur suprême de pouvoir tricoter le plus souvent avec juste les mains et ne faire intervenir les yeux que de temps à autre ou en cas de problème, pour les points difficiles et périlleux.

Pour arriver à tricoter sans regarder constamment (ou si peu) :

  • apprendre le bon geste avec les mains, pour bien développer le toucher et la motricité,
  • adopter la bonne posture, pour être à l'aise,
  • commencer par solliciter les oreilles, pour apprendre à utiliser son cerveau à une autre activité que le tricot,
  • puis tricoter ensuite avec le couple oreilles/yeux. Et de ce point de vue, il est vrai que les séries sont tout à fait adéquates avec leur action qui se déroule dans un univers «stable», des personnages récurrents. Et là, le choix est immense.
  • adopter quelques petits exercices pour reposer les yeux... mais si, mais si, ça aide.

Vos prochains rendez-vous textiles à Toulouse
et dans ses environs...

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Vintage

26 Novembre 2019 , Rédigé par Tata Georgette Publié dans #Ce que fait la main, #Billet du jour

Pour les nostalgiques, le Salon Vintage d'Albi ouvrira ses portes ce weekend. Il y aura entre autres animations le désormais inévitable «Championnat du pull moche» à propos duquel on peut noter que la présentation de cet événement laisse entendre qu'il ne pourrait s'agir que de pulls des années... bref du temps des vertes années de Tata Georgette alors que tous les jours, dans la rue, je croise des vêtements actuels qui répondent à tous les critères de ce championnat. Bon, mais il est vrai que je ne suis pas vintage, mais un tantinet vieux jeu !

C'est un vrai championnat, avec un règlement assez précis. Car même en matière de mocheté, il n'est pas question de faire n'importe quoi : il y a quatre catégories de participants - bien que le jury se réserve le droit de créer ex abrupto une ou plusieurs nouvelles catégories... et de leur côté, les participants sont invités à être bons joueurs au cas où leur pull ne serait pas élu comme étant le plus moche !

Les pulls présentés pourront répondre à ces différents critères que nous évitons soigneusement lorsque nous tricotons : couleurs improbables et mal assorties, médiocrité de la réalisation, aspect kitsch, ringard, démodé etc. du motif (qui exclue bien sûr tout élément raciste, sexiste, politique ou pornographique). Cela peut être aussi un pull qui gratte, qui pendouille, ou qui a des décorations démodées... bref videz vos armoires. 

Vintage, cela peut aussi vouloir dire des vêtements charmants comme nous en propose cet amusant livre de Barbara Berrada «Pour une garde-robe rétro-chic à faire soi-même» pour les enfants de la naissance à 3 ans, avec des modèles pratiques, confortables et faciles à réaliser pour des parents débutants en couture.
Vintage
Vintage
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Mailles humaines

17 Juillet 2019 , Rédigé par Tata Georgette Publié dans #Ce que fait la main, #Lectures textiles, #Billet du jour

Voilà bien un livre passionnant qui intéressera toutes les serial-tricoteuses : «L'homme et les mailles» par Marguerite Gagneux-Granade, publié récemment par les Éditions {IN}sensées. C'est un ouvrage très complet sur l'histoire des mailles et de leurs différents usages : des mailles à nœuds pour réaliser des filets, des mailles sans nœuds avec un fil limité pour réaliser des réseaux, des mailles sans nœuds avec un fil non limité, autrement dit le tricot (essayez donc de placer dans la conversation que vous faites des mailles sans nœuds avec un fil non limité ! on vous trouvera tout de suite beaucoup moins bête que si vous parlez simplement de tricot...) - et enfin toutes les autres mailles, dont le crochet. Il intéressera aussi les pratiquants de nailbinding, de sprang, de reconstitution historique, de costume ancien.

L'auteure explore de nombreuses sources historiques, iconographiques et archéologiques et note d'ailleurs que pour le tricot les données archéologiques sont décevantes. En effet, beaucoup d'aiguilles à tricoter ont été faites de bois, d'os, d'ivoire, donc des matériaux périssables. Et ce n'est pas un objet qu'on mettait très souvent dans la tombe des défuntes pour les accompagner dans l'au-delà - y compris pour les tricoteuses émérites. Et puis même les aiguilles métalliques ont peu traversé les siècles. Entre celles qui ont été perdues, refondues avec du métal recyclé, transformées en autre chose pour un tout autre usage. Quand vous pensez qu'une vieille aiguille à tricoter me sert depuis quarante ans à vérifier la cuisson des gâteaux....  Sans compter que quelques aiguilles à tricoter ayant atterri dans les collections des musées ont sans doute été rejetées comme n'ayant aucun intérêt par de doctes conservateurs des siècles passés... bref dans l'Europe entière, à peine trouve-t-on quelques dizaines d'aiguilles à tricoter anciennes dans les musées.

Pour revenir à ce livre, outre la somme d'érudition qu'il recèle, il a des qualités que j'apprécie beaucoup dans un ouvrage technique et historique : une bibliographie très fournie, un glossaire. Seuls couacs : une mise en page triste comme la pluie avec un texte très compact, des petites illustrations mal photographiées. Et une diffusion très confidentielle. C'est une sorte de sabotage et c'est franchement dommage pour nous et pour le remarquable travail de l'auteure.

Est-ce le sort des ouvrages consacrés à l'histoire du tricot que d'avoir cette apparence si fade ? En 2010, l'AFET publiait «La maille une histoire à écrire», ouvrage qui rassemblait les actes de journées d'études de cette association de passionnés. Mêmes qualités quant au fond, donc un travail très solide, mais presque les mêmes défauts quant à la forme et une diffusion encore plus confidentielle... c'est d'autant plus regrettable que fort peu de chercheurs des sciences humaines (ethnologie, anthropologie, histoire des techniques, etc.) se sont intéressés à la maille, particulièrement en France, alors que nous passons désormais notre vie dans la maille (à commencer par nos sous-vêtements !) et que tricoter a toujours été une pratique courante - ben oui, mais «ouvrage de dame» c'est sérieux ça ? sans compter que la maille est devenue une industrie à part entière. C'est dire si ce domaine de recherche peut encore alimenter beaucoup de publications intelligentes et intéressantes. Bref, en dépit de leur aspect terne, je vous conseille chaudement de lire ces deux ouvrages.

Voici leurs références complètes :

  • Gagneux-Gradade Marguerite - L'Homme et les mailles, histoire critique des mailles textiles : filets, réseaux, tricot, crochet - Éditions {IN}sensées, sd - 250p. - ISBN 978-2-9558095-0-1 - 25€
  • La Maille une histoire à écrire - journées d'étude, Troyes, 20-21 novembre 2009 - AFET Association française d'Étude du Textile, 2010 - 294p. - ISBN D/2010/1652/2 -

Vos prochains rendez-vous textiles ...

Mailles humaines
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